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sept 30

cabotage de CHERBOURG à SAINT VAAST Aout 2012

Vous souvenez vous que Cherbourg possède la plus grande rade du monde? et bien c’est de là qu’un beau matin d’Août 2012 nous avons appareillé pour aller nous rendre à Saint Vaast la Hougue par la mer avec un coefficient de 94.

Quand le soleil rencontre la lune

 

Christian m’accompagne dans ce cabotage. le but n’en est pas très avouable puisqu’il est de se retrouver autour d’une plâtrée de moules accompagnées de frites au restaurant avec vue sur le port.

Mais nous allons apprendre à nos dépends et surtout au retour qu’il ne faut pas défier la nature, et qu’elle sait  elle, vous remettre en place.

La météo est belle malgré une petite houle poussée par un vent fort qui vient du sud. Nous quittons le ponton de chantereyne à 8 heures du  matin chantonnant « Su la Mê » (CF bas de page). Ce petit élan « guerrier du Cotentin » nous met en joie au regard d’une météo plutôt favorable.

Les choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de la petite rade et mieux, lors de la sortie de la grande rade. Le courant favorable pousse le bateau, toute voile dehors, à 9 nœuds.

 

Les courants qui rugissent lors de forts courants peuvent mettre à mal un bateau et son équipage.Les courants qu’on rencontre fréquemment dans la manche se situent entre 2 à 3 nœuds et peuvent atteindre 12 nœuds voire plus lors de grands coefficients.

Petit rappel au passage (pour le beau frère ;-))  : Le nœud est une unité de vitesse utilisée en navigation maritime et aérienne. 1 nœud correspond à 1 mille marin par heure, soit environ 1,852 km

 

Le bateau ALOHAZ est sûr et fiable. On ne se rend pas compte de la vitesse qui est affichée sur le GPS. En observant les paysages qui défilent  très rapidement, nous passons déjà le petit port et le Fort Levi .

 

 

Cet indicateur  est tout à la fois béni et maudit. En effet

lors de retour de route; passé ce seuil, on se dit que la maison n’est pas loin; mais quand le courant et le vent dans le nez , on maudit chaque instant qui nous scotche à la hauteur de ce phare.

on se rend compte alors de la force du courant. c’est 10 nœuds de vitesse qui s’affiche alors que protégé du vent qui vient du sud, sa vitesse n’est que de 8,5 nœuds.

 

 

 

 

Quelle est la vitesse du cheval au galop?

 

 

 

 

 

Très rapidement on aperçoit le phare de Barfleur. 

Celui-ci s’est revêtu d’une parure de nuages gris, long et menaçant. A son passage quelques gouttes nous humidifie le visage et cinglent nos carcasses.

On repère vite le passage du raz, les tourbillons se mélangent avec des phases lisse. On a véritablement l’impression d’être dans un chaudron gigantesque;  repère entre deux mondes, on se trouve mal a l’aise dans cet espace temps qui nous rappellerait quelque peut le Valhalla.

Fort du confort que nous procure le bateau nous mettons une traîne. 7 maquereaux que nous pêchons et qui serons vidés au port.

Nous passons le phare de Barfleur sans encombre et c’est là que, de crier victoire, rend les choses plus difficiles.

Le vent est contraire et soutenu; ce qui nous oblige à faire de nombreux bords. La mer déjà bouillonnante dans son raz ne fait qu’amplifier quelque peu la houle et complexifie les manoeuvres de virement de bord.

Ces gestes qui se répètent lors de la fin de la prise d’un bord  ont la vertu de nous synchroniser dans nos actions, l’une pour le barreur, l’autre pour celui qui s’occupe des voiles. On est heureux de l’efficacité et de la pureté du geste mais on est écoeuré de voir toujours les mêmes paysages.

Nous sommes une heure après, au même point qu’une heure avant. Arrivés à la hauteur de Réville comme d’autres, nous mettons le moteur afin, enfin, d’avancer et de faire le tour des tours de vauban de  tatihou  pour arriver à bon port.

Du fait de la foule qui rentre, nous profitons de la vue magnifique et du privilège que nous procure cette situation. Le ciel noircit. La météo  prévue ne livrera que le lendemain ses secrets quelques peu effrayants.

En attendant une assiette de moules frites nous attend « au débarcadère »..

Au retour de ce festin, ce n’est pas le feu d’artifice et la fête foraine qui troublera mon sommeil, sachant que je suis bercé par mon hippocampe au gré des flots.

Le lendemain le temps semble nourrir son suspense.  les prévisions sont ambiguës : force 4 forcissant force 5 avec des rafales pouvant atteindre 6.                                         En réalité :

 

Petit commentaire sur l’accueil, la tenue et le coût :

l’accueil à la capitainerie est excellent  les renseignements surs sauf pour la météo(:-)). mais c’est la météo.  le coût d’une nuitée pour un bateau n’excède pas 9 mètres est de 19,95€ .

L’ombre au tableau est que les jetons ne sont pas identiques à ceux de Cherbourg. Il aurait été intelligent pour des ports qui se succèdent de recourir à des harmonisation de pratiques.

 

Les sanitaires sont propres et très bien entretenus. Deux locaux de sanitaires : Un situé dans les locaux de la capitainerie, l’autre derrière le restaurant « la Marina ».

 

LENDEMAIN : Que de braves prennent la mer vers  11 heures du matin. Voyant vers 12 heures une succession de départ de néerlandais, d’anglais, nous décidons de quitter le port.

Le vent fort et le ciel capricieux. Les petites pluies se succèdent aux éclaircies. Le coefficient est de 90. Nous décidons de partir vers 12 heures. Le vent nous oblige à quitter notre emplacement en marche arrière.

A peine sorti ayant toute voile dehors, la montée de la grand-voile ne s’est pas fait en chanson mais plutôt avec un petit pincement, comme un pressentiment. Arrivé à la balise de « la dent » le ciel est bleu à droite oups, à bâbord (salut Philou) et menaçant à tribord. Et tant mieux pour nous, nous nous dirigeons vers le soleil. Bien mal acquis cette pensée. Le nuage nous entoure avec une vitesse vertigineuse, tous les autres bateaux également semblent comme nous désemparés de la soudainement de ce changement de temps. La pluie fait rage violement, le vent s’est brusquement renforci. Nous n’y voyons pas à 10 mètres un voile masque la mer et les bateaux aux alentours. Très rapidement l’un après l’autre nous nous précipitons vers notre parqua et notre gilet de sauvetage pourtant à portée. Peine perdue, nous sommes trempés. La pluie qui nous tombe dessus n’est pas le ciel mais presque. Nous devons rester humble devant « la Mê ». Le bateau devant un tel assaut d’événements violent se cabre et part à 90° face au vent. Nous réduisons donc la voilure en mettant un ris et réduisant par la même le génois sur enrouleur.

Nous prions pour que les éléments qui se sont déchainés se calment, ce qui n’est pas le cas ; un bateau allant vers Ouistreham se trouve en un instant avalé par un brouillard épais. A bâbord le temps a l’air plus clément mais le plus dure reste à faire. Décider de rentrer au port aurait été plus prudent mais nous persistons à prendre le large. Le vent passe de 12 à 16 nœuds  puis frôle les 18 pour aller toucher les 20 nœuds. Tout reste possible ; il faut être précis et prudent.  Il faut noter que le courant est contre nous. Nous marchons à entre 5 et 6 nœuds. Le phare de Barfleur doit être vite atteignable. Les vagues se creusent, frappent et cognent le navire nous faisant présager de ce qui nous attend. Nous distinguons le RAZ de Barfleur.

Les vagues se creusent encore sont irrégulières et tranchantes. Elles coupent notre élan à chaque assaut. Cela a également pour effet de nous faire dériver vers tribord et nous éloigne dangereusement de la côte. Le vent bat plein Ouest à 20 nœuds et notre vitesse oscille entre 5 et 6 nœuds mais nous nous dirigeons en crabe. Les creux des vagues s’intensifient et sont entre 2 et 2,5 mètres. Le bateau s’enfonce dans la mer et se relève sur un mur de plus de 2 mètres. Le claquement de la mer répété contre la coque fait un bruit effrayant. Les virements de bord sont acrobatiques et aériens. Des masses d’eau passent par dessus bord. C’est là que nous prenons consciente de n’être que des petits dans cet océan qui nous entoure. Il nous faut céder ou lutter. Le danger est imminent et présent à chaque instant. Chaque lame de vagues tranche vif, les bourrasques de vent et de pluie nous malmènent et nous maltraitent. Le vent frôle les 32 nœuds et se stabilise à 30 voire 31. Le troisième virement de bord nous laisse sans voix. ALOHAZ réagit vaillamment et reprend le droit chemin.  L’adrénaline est à son maximum, l’instinct de survie à son summum. Qu’est ce qu’on fout là.

Le génois ressemble à un mouvoir, la grand voile est ramassée tant bien que mal. Elle n’est pas étarquée  nous naviguons à 5 nœuds. Le phare de Barfleur est devant et derrière. On ne semble pas progresser dans notre action. Enfin au bout de deux heures il nous semble progresser puisque le phare s’éloigne quelques peu.

Les vagues scélérates nous cognent de plein fouet et nous envoie en l’air. Nous mettons le moteur. Contre le vent et le courant nous ne sommes que peu de chose. Patiemment mètre contre mètre nous évoluons vers la phare du cap Levi. Au bout de deux heures nous cachant le plus possible du front du vent nous passons ce cap. Une lueur d’espoir, il faut être patient. Un Bavaria 34 Anglais nous suit puis nous devance dans cette lutte pour rentrer au port. Encore deux heures avant de rentrer enfin dans la rade.

Courbaturé, visage creusé, sourire crispé nous atteignons le port. Il nous faudra tirer leçon de ce qui nous est arrivé. Comment peut on se retrouver dans ces conditions de navigation alors que la météo prévisionnelle n’est pas à ce point alarmiste.

Sû la mé est une chanson de la Manche (Cotentin) composée  par Alfred Rossel .

Sû la mé
Refrain
Quand je syis sû le rivage,
Byin tranquile: êt’-ous coum’ mai ?
J’pense à ceuss’ qui sount en vyage,
En vyage ou louan sû la mé.
En vyage ou louan,
En vyage ou louan, sû la mé.

 

Couplets I.
La mé ch’est vraiment superbe,
Et j’aim’ byin, quand i fait biaô,
L’été dans nous clios en herbe
La vaî s’endormin eun miot.
Mais quaund o s’fach’, la vilaine,
Et qu’no z-entend de tcheu nous
La gross’ vouaix de la siraine,
No z’en a quasiment poû.
Refrain II.
J’aim’ byin dans les jours de faête,
Quand nous batiaôx sont à quai,
A l’abri de la tempaête
A Tchidbourg, comme ou Becquet;
Ch’est là qu’i sont l’mûx, sans doute,
Des trouais couleurs pavouaisâés;
Mais, la nyit, dans la Déroute
Hélas ! qu’i sont exposâés !
Refrain III.
Quand o saôt’ pas d’ssus la Digue
Dont o fait tremblyi les bliocs,
Qu’à l’ancre l’vaisseau s’fatigue,
Ah, ver ! je pense ès mat’lots.
Arrverront-i-lûs villages
Et pourront-i-ratterri ?
J’avaons de si maôvais parages
De Barflieu jusqu’à Goury.
Refrain IV.
J’i deux fils dans la mareine
— Deux forts et hardis gaillards; —
L’eun revyint de Cochincheine,
L’aôtre de Madagascar.
I rentrent, lû corvâe faite;
D’y penso, no n’en vit pas,
Mais, que j’pliains, sans les counnaîte,
Ceuss’ qui sont restâés là-bas.

1 commentaire

  1. COEFFIC

    Quelle aventure mémorable !!!! ….J’ai cru que c’était mon dernier cabotage…

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